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Pseudo: Amir Ben El-HachemiCatégorie: Littérature, poésieDescription:
"Si tu as de nombreuses richesses, donnes de ton bien; si tu possède peu, donnes de ton coeur" Proverbe berbère
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Jeudi 11 Octobre 2007

 

SAHA AÏDKOUM

Que c’est dure de passer le Ramadhan loin de son pays, loin des siens. Que c’est triste de perdre les goûts, les sensations et les joies. Que c’est déprimant de jeûner seul et de manger seul. De l’autre côté de la rive il se passe tellement de choses que Ramadhan arrive silencieusement et repart timidement. On improvise comme on peut. On improvise un « s’hour » en cachette, des saveurs à la sauvette, un « adhan » muet et des « tarawih » considérées comme suspectes. On improvise même des « kâadat » dites « Ramdhaniyette » autour de faux « Kalbelloz », de fausses « z’labia » et de pseudo « baklaoua ».

 

 

 

Ici, de l’autre côté de la rive, « au pays des merveilles », Ramadhan n’est plus une merveille, c’est plutôt une histoire triste et mélancolique. Ici, de l’autre côté de la rive, Ramadhan est si triste qu’une grande amertume nous ronge et nous fait rappeler Ramadhan des temps passés. Ramadhan de chez nous, tout près de nos mères et de nos pères, tout près de la « Familia » et de ceux qu’on aime.

 

 

 

Ramadhan, c’est « el houma  », c’est les odeurs qui transpercent les murs des habitations, qui arrivent jusqu’en nous, qui nous envoûte et qui nous font rappeler « echahr el fadhil » à la Casbah, à Souika, à Gambetta et au fin fond de l’Algérie.

 

 

 

Ramadhan nous a manqué atrocement. La chorba à Alger nous a manqué terriblement et les belles « sahratte » nous ont manqué follement. Il ne reste que les souvenirs d’un autre temps, d’une autre époque qu’on se remémore le soir avant de dormir.

 

 

 

On se rappelle le bon vieux temps, les matinées difficiles des premiers jours de Ramadhan, où on s’étire longuement avant de se décider à se réveiller vraiment. La ville qui se réveille lentement. On revoit les visages défaits des algériens durant des matinées interminables qui durent et qui ne veulent pas prendre fin. Des après-midi qui s’éternisent autour de discussions, de courses et de bagarres qui éclatent pour un rien.

 

 

 

On revoit Alger et toute l’Algérie à une heure du « f’tour ». On se rue vers les belles conquêtes du pain, de la z’labia, du kalbellouz  et de notre si cher Hammoud Boualem avec le fameux Selecto, dans une ambiance propre à « Sidna Ramdahan » et propre aux algériens et à l’Algérie.

 

 

 

Et puis les rues se vident, et dans un moment, une seule voix va voler dans le ciel, la voix du Muezzin. Au bout du compte les esprits se calment, et laissent le temps à l’âme d’apprécier « nafahat ramdhan » et apprécier l’odeur de la chorba à Alger, la h’rira à Oran et eldjarri à Constantine. Le Bourek lui fera le tour de toute l’Algérie. Les odeurs annoncent les derniers moments du jeûne. Al Adhan retentit. Trois dattes et un peu de lait pour la «  Sunna » et pour bien contempler une ville silencieuse.

 

 

 

On reprend des couleurs. La bonne humeur est de retour. La ville revit de nouveau comme par enchantement. « Sahratte Ramdhan » sont légendaires dans notre répertoire. La foi se mélange à la piété, et la joie à la fête et la gaieté. La soirée sera belle et longue, et demain encore une fois le réveil sera difficile comme à chaque fois depuis des lustres. Et on s’étire longuement avant de se décider à se réveiller vraiment…

 

 

 

L’Aïd c’est pour demain. Et demain aussi on vivra « yamette el Aïd » sans goût et sans sensations de l’autre côté de la rive. Mais on s’efforcera et on se forcera à se dire, à mille lieux de chez nous, « Saha Aïdkoum ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

publié par Amir Ben El-Hachemi dans: Ecrits

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