ETRANGER
Puis-je dire mon nom ?
Puis-je lire mon roman ?
Puis-je chanter ma chanson ?
Ai-je le droit de dire NON ?
Puis-je donner un avis ?
Puis-je avoir une envie ?
Seriez-vous ravis
Que je vous raconte ma vie ?
Etranger comme je suis
Je me sens enfouis
Dans le fin fond d’un puits
Vivant la mélancolie et l’ennui
De mon pays j’ai fuit
Et dans mon esprit
Je me suis dis
Que je serai accepté par autrui
Mais le doigt est accusateur
Il est parfois provocateur
Et souvent il est porteur
De mépris, de haine et de rancœur
Un bonjour, un sourire quelques fois
Un commentaire sournois parfois
Un regard qui dit souvent pourquoi
Tu es là sous mon ciel, sous mon toit
Ici je vis en solitaire
Ici je ne suis propriétaire
Ni de ma vie ni de mon itinéraire
Avec une bougie je cherche ma lumière
Mon fils est blond mais son nom
C’est Mohamed tout le temps
Meilleur de sa classe et pourtant
Il se pose des questions depuis longtemps
Je viens d’un pays en guerre
Qui a perdu ses repères
Dans la tourmente et la galère
Il ne vit qu’avec les prières
Dans mon pays j’aimais vivre
Et tout le temps j’étais ivre
D’amour pour mon pays et de vivre
Sous son ciel et de revivre
Tu es resté cent trente deux ans
Moi je suis là depuis quelques temps
Entre toi et moi il y a du sang
Qui a coulé très longtemps
Que tu me refuse c’est ton choix
Que tu sois raciste c’est ta foi
Mais moi, si tu viens chez moi
Tu seras reçu comme un roi

